Aller au contenu principal

IA en entreprise : former vos équipes, une obligation que beaucoup de PME ne connaissent pas

Le règlement européen oblige les entreprises qui utilisent l'IA à développer la maîtrise de ces outils par leurs équipes. Pourquoi l'usage en douce pose problème, et comment former.

Matthieu Billaudé3 min de lecture

Dans les entreprises et les cabinets que je rencontre, l'intelligence artificielle est déjà là. Des collaborateurs rédigent des courriers, résument des comptes rendus ou préparent des réponses avec des outils grand public, de leur propre initiative, sans règle ni formation. La direction n'en a souvent qu'une idée vague. Le règlement européen sur l'intelligence artificielle attend pourtant des entreprises qu'elles s'en occupent, quelle que soit leur taille.

Ce que dit le règlement

Depuis le 2 février 2025, l'article 4 du règlement européen sur l'intelligence artificielle oblige les entreprises qui utilisent des systèmes d'IA à prendre des mesures pour développer la maîtrise de ces outils par leur personnel. Le texte de simplification entré en vigueur le 27 juillet 2026 a assoupli cette obligation : il ne s'agit plus de garantir un niveau suffisant, mais d'agir en tenant compte des connaissances de chacun et du contexte d'usage. L'obligation demeure, sans seuil d'effectif.

Depuis le 2 août 2026, des obligations de transparence s'y ajoutent. Elles visent surtout les éditeurs d'outils : un assistant conversationnel doit indiquer qu'il est une IA. L'entreprise utilisatrice, elle, doit signaler les images ou vidéos truquées, et certains textes générés publiés pour informer le public.

Le même texte de simplification a repoussé à fin 2027 et 2028 les obligations propres aux systèmes dits « à haut risque », comme le tri automatique de candidatures. En France, un projet de loi prévoit de confier à la DGCCRF la coordination du contrôle, et la CNIL reste pleinement compétente dès que des données personnelles sont en jeu.

Pourquoi l'usage en douce pose problème

Sans cadre, des données confidentielles, celles des clients, des copropriétaires ou de l'entreprise, finissent dans des outils grand public sans que l'on sache où elles vont. Des textes produits par l'IA partent aussi tels quels, avec des erreurs que nul n'a relevées. Enfin, chacun travaille dans son coin : les bonnes pratiques restent individuelles et l'entreprise n'en tire aucun profit collectif.

« Tant que l'usage reste caché, aucune règle ne sera appliquée. »
Matthieu Billaudé

Commencer par l'état des lieux

Avant d'écrire la moindre règle, je conseille de faire l'état des lieux. Demandez ouvertement à vos équipes quels outils elles utilisent, pour quelles tâches et avec quelles données, en précisant que l'exercice ne donnera lieu à aucune sanction. Tant que l'usage reste caché, aucune règle ne sera appliquée.

Puis former, sur les cas réels de vos équipes

La formation est la mesure la plus directe pour répondre à l'obligation du règlement, et c'est aussi celle qui rapporte le plus. Une formation utile part des tâches que vos collaborateurs confient déjà à l'IA, relevées pendant l'état des lieux. Elle leur apprend à reconnaître les données qui ne doivent jamais sortir de l'entreprise, à vérifier ce que l'outil produit avant de l'envoyer, et à partager entre collègues ce qui fonctionne.

Former une fois ne suffit pas : les outils changent tous les trimestres. Prévoyez un temps de mise à jour régulier, et gardez une trace des formations suivies. Le règlement demande de prendre des mesures ; mieux vaut pouvoir montrer lesquelles.

Les questions que l'on me pose

Une PME est-elle concernée par le règlement européen sur l'IA ?

Oui, dès qu'elle utilise des systèmes d'IA : l'obligation de développer la maîtrise de l'IA par le personnel s'applique sans seuil d'effectif.

Faut-il signaler qu'un texte a été rédigé avec l'IA ?

Pas dans tous les cas. L'entreprise utilisatrice doit signaler les images ou vidéos truquées, et certains textes générés publiés pour informer le public, sauf s'ils ont été relus par une personne qui en assume la responsabilité éditoriale.

Sources

  1. eur-lex.europa.eu
  2. eur-lex.europa.eu
  3. digital-strategy.ec.europa.eu
  4. consilium.europa.eu
  5. economie.gouv.fr
  6. cnil.fr